L'exploitation passée des carrières de marne destinées à l'amendement des champs a laissé comme héritage un nombre important d'établissements à ciel ouvert, mais surtout souterrains « les marnières ». Ces marnières sont toutes vouées à terme à la ruine et constituent un risque avéré pour les activités en surface. Le recensement des marnières et des autres cavités souterraines constitue donc un préalable à tout projet. Au-delà, la vérification de l'absence de vides par forage, la visite de marnières pour évaluer le risque voire leur comblement constituent des réponses potentielles à chaque situation.

Les marnières : Pourquoi ?

Naturellement, les sols de Haute-Normandie sont principalement acides alors que de nombreuses plantes telles que l'orge, la luzerne, la betterave... sont basophiles et apprécient des pH > 7. Le chaulage, technique connue depuis très longtemps exerce un effet positif sur la structure du sol, en influençant directement son acidité et son activité naturelle.

 

  • Pline l'ancien, important écrivain et naturaliste romain, auteur d'une monumentale encyclopédie intitulée "Histoire Naturelle" cite déjà que les gaulois fumaient leur terre soit avec de la chaux soit avec de la marne.
La marne
  • Au XVII°, le jardinier Jean-Baptiste La Quintinie, en précieux témoin des habitudes agronomiques du siècle de Louis XIV, nous défini la marne comme suit : « Marne est une espèce de pierre de chaux tendre, grasse et grisâtre qui se trouve dans le fond de certaines terres et qui, en étant tirée et répandue dans les champs, tient lieu d'un excellent fumier pour rendre ces terres fertiles. »

 

  • De nos jours, cette technique est toujours très répandue.

Les marnières : comment ?

Dans les vallées et dans certains secteurs de Haute-Normandie, la craie affleurante permet une exploitation en surface au niveau de carrières à ciel ouvert.

Parfois cette exploitation pouvait être poursuivie en souterrain, on parle alors de cavage à bouche.

A l'inverse, la craie étant non affleurante sur le plateau, c’est du sous-sol que les paysans extrairont le précieux engrais, creusant des puits à 25 mètres de profondeur en moyenne (en réalité entre 5 et 70 mètres) à partir desquels rayonnaient des galeries horizontales de 2,5 à 5 mètres de hauteur pour un volume moyen de 300 à 500 m3… avec des “cathédrales” de

3 000 à 5 000 m3 : les marnières.

Le « marneron » ou « marneux » était chargé de ce travail. C’était un métier dangereux car la marne est friable et s’effondrait facilement. Les ouvriers travaillaient généralement en équipe : des « piqueurs » au fond du puits, des brouettiers à la surface et des hommes chargés de remonter les baquets de marne avec un treuil. Le salaire était bien entendu dérisoire et les accidents graves fréquents.

 … une fois l’exploitation terminée, on rebouchait sommairement le puits d’accès avec une cloche de briques, parfois avec une simple roue de charrette, des madriers ou des branchages.

 

Parfois, ce "bouchon" disparu, on trouve au sein des parcelles agricoles des puits d'accès sommairement protégés.